Son nom évoque une princesse de conte de fées du 17ème siècle: la blonde Amaranthine, courtisée par son chevalier servant, Sir Penhaligon. Mais leur lointaine descendante, Amanthine Penhaligon, pourrait-être une vieille demoiselle allègre rédigeant des polars dans son cottage du Dorset sous un nom de plume masculin…
C’est à peu près l’image qu’on se faisait jusqu’à présent de la vénérable maison Penhaligon’s, coincée entre les marmelades de Fortnum and Mason’s et les trenchs d’Aquascutum dans la série des maisons britanniques portant l’écusson royal.
Mais depuis son rachat par Cradle Holdings, également propriétaire de L’Artisan Parfumeur, Penhaligon’s a épousseté rayons et flacons à l’aide de – bizarre, j’ai dit bizarre ? Comme c’est bizarre – Olivia Giacobetti (qui rendait hommage l’an dernier avec Elixir au plus ancien parfum de la maison, Hammam Bouquet) et Bertrand Duchaufour, qui retoquait quatre classiques pour la collection Anthology (Night Scented Stock, Eau de Verveine, Extract of Limes et Gardenia).
La contribution de Bertrand Duchaufour au catalogue est ce nouvel Amaranthine¸lequel ne rappelle en rien le tweed ou les vieilles demoiselles – à moins que la demoiselle en question ne cache un secret passé…
C’est un tout autre type d’héroïne anglaise qu’évoque Amaranthine -- par exemple, Mrs. Crosbie dans The Letter de Somerset Maugham incarnée par Bette Davis dans l’adaptation de William Wyler en 1940. L’épouse d’un colonial anglais poussée à bout dans une plantation de caoutchouc à Singapour, et accusée d’avoir assassiné son amant…
De même, Amaranthine cache, sous ses allures d’abord bien élevées, des courants de passion scandaleux. Le parfum a été comparé au Sira des Indes de Jean-Michel Duriez pour Jean Patou à cause de l’accord banane/jasmin sambac/lacté renouvelant le genre oriental, et au Manoumalia de Sandrine Videault pour Les Nez pour sa richesse tropicale parcourue de soupçons de corruption végétale. Mais contrairement à ce dernier, Amaranthine n’oubliera jamais de passer sa tea-gown à l’heure de l’Assam pour se perdre dans la jungle…
Pour moi, si Amaranthine se rapproche d’un parfum, ce serait plutôt de l’Amoureuse de Michel Roudnitska pour les Parfums DelRae : d’ailleurs, si Amoureuse vous séduit mais vous semble un peu trop fougueuse, je vous conseille Amaranthine.
Ici, Bertrand Duchaufour a étendu sa palette souvent un peu austère pour y intégrer toute une gamme de notes florales blanches, vertes et épicées plus intensément sensuelles. Amaranthine présente la structure complexe d’une orchidée particulièrement chantournée – la perle des serres du major Penhaligon – avec son déroulement en spirale qui s’étire au fil des heures. L’ouverture verte, presque métallique, relevée d’épices froides comme la cardamome et la coriandre oscille entre le sucré vanille-banane et un accord muguet-jasmin-fleur d’oranger un peu savonnette, avant que les épices chaudes et l’ylang-ylang ne prennent le relais de l’accord banana-vanille.
Le développement du parfum est réellement labyrinthique, toutes les fleurs de la serre passant tour à tour du duo au trio puis aux cœurs, tandis que des arômes dérivent du jardin d’épices et du verger où des fruits exotiques mûrissent et fermentent…
Lorsqu’Amaranthine se noie enfin dans un fond crémeux, lacté de santal et de musc, pétales éparpillés à grandeur de la plantation, elle s’est dépouillée de ses derniers lambeaux de pudeur. Et elle est prête à en assumer les conséquences.





