I’d say Serge Lutens’ newest export line addition, Fille en Aiguilles, would neatly do the trick. Not that the aiguilles (“needles”) in the name reference hypodermic syringes, nor sewing needles, nor even stiletto heels – talons aiguilles – for that matter. No, those needles are the ones that strew forest floors.
Filles en Aiguilles’ gale-force cool-hot sillage of pine essence is powerful enough to clear sinuses and leave an aftertaste down the throat… This medicinal facet is compounded by the pungent, camphorous burn of vetiver: the essence is served up raw, un-brightened by the usual hesperidic notes, not unlike its treatment in Isabelle Doyen’s Turtle Vétiver for LesNez. A scorched, gun-powdery incense darkens the green, gem-like radiance of the resinous blend. The combustible fumes last several hours before exhaling softer fir balsam facets, with a hint of Lutens’ trademark candied fruit sweetening the uncharacteristic -- for him -- rawness of the terpenic notes. In fact, if this were presented by a smaller indie outfit, no one would bat a lash.
Fille en Aiguilles is a simple and strangely comforting blend, evocative of throat lozenges, turpentine and pine forests.With its salubrious aura, it almost feels more like an antiseptic potion than a perfume, harking back to the use of strong aromatic materials to ward off the foul miasma thought to carry disease in the pre-Pasteur era. Perhaps that’s just what Dr. Serge ordered against the evil bugs that may, or may not engulf us come autumn.
A bit of magical thinking never hurts and magic is pretty much what the alchemist of the Palais Royal does best.
Il me semble que le nouveau Serge Lutens, Fille en Aiguilles, conviendrait à la situation. Non que les aiguilles en question fassent référence aux seringues – pas plus, d’ailleurs, qu’aux talons hauts. Ces aiguilles-là, c’est le sol des pinèdes qu’elles jonchent.
Le sillage chaud-froid d’essence de pin de Fille en Aiguilles est assez pénétrant pour dégager les sinus et laisser une sensation de fraîcheur sur les papilles. Sa facette médicinale est intensifiée par la brûlure camphrée du vétiver, dont l’essence est traitée crûment, comme à l’emporte-pièce, sans ses classiques apprêts hespéridés, un peu à la manière duTurtle Vétiver d’Isabelle Doyen pour LesNez. Une note carbonisée, presque poudre à fusil d’encens poivré noircit les lueurs de gemme de cette mixture résineuse. Les vapeurs combustibles, mettent plusieurs heures à se dégager avant d’exhaler des facettes plus sucrées du fir balsam, assaisonnées d’un soupçon de ces fruits confits dont Lutens a fait sa signature. Elle adoucissent une crudité assez peu caractéristique du style-maison que si cette composition était présentée par un petit parfumeur indépendant, on n'y verrait que du feu...
Fille en Aiguilles est une composition simple et curieusement réconfortante qui évoque tour à tour les pastilles pour la toux, la térébenthine et les pinèdes. Son aura salubre la fait pencher du côté des potions antiseptiques plutôt que du parfum, rappelant en cela l’usage de matériaux aromatiques puissants pour repousser les miasmes putrides porteurs de maladies, à l’époque pré-pasteurienne. C’est peut-être là l’ordonnance du Dr. Serge contre les vilains microbes qui menacent de s’en prendre à nous l’automne venu.
Un peu de pensée magique n’a jamais fait de mal. Et l’alchimiste du Palais Royal s’y connaît en magie.
Les compagnies de CRS ont déjà bloqué l’avenue de La Motte Picquet, les pompiers s’alignent, les hélicos nous bourdonnent au-dessus de la tête… Bienvenue au 14 juillet, vu de mon quartier. Dans quelques heures, je vais devoir convaincre ma petite chatte que ce n’est pas la fin du monde, quand les vitres se mettront à trembler lors des feux d’artifices. Et il faudra que je lui explique Johnny...
Quel parfum porter pour célébrer la prise de la Bastille ? L’un de ceux dont une Marianne a été le visage ? Chanel N°5pour Catherine Deneuve,Coco pour Inès de la Fressange, Champs-Élysées de Guerlain pour Sophie Marceau qui a failli se retrouver en buste dans les mairies ?
Peut-être un parfum de Bicentenaire ? Je conserve encore un souvenir ébloui du défilé métissé de Jean-Paul Goude en 1989, avec Jessye Norman chantant la Marseillaise place de la Concorde, là où s’est jadis dressée la guillotine, la robe-drapeau tricolore d’Azzedine Alaïa claquant sur son corps de déesse… Peu de parfums sortis en 1989 semblent s’accorder à l’ambiance. Peut-être le Gardénia Passiond’Annick Goutal, plus tubéreuse que gardénia, d’ailleurs, pour son côté feux d’artifices olfactif. Le Palais Jamaisd’Etro semble ironiquement intitulé, comme pour rappeler que les palais en question n’appartiendraient plus jamais à la famille royale (sauf qu’il y a eu la Restauration). Jean Desprez a bien sorti une Révolution à Versailles, disparu depuis, que je n’ai pas senti.
Si je recule encore d’un siècle, je pourrais opter pour l’indétrônable Jicky, lancé l’année du centenaire de la révolution, en même temps que la Tour Eiffel.
Ou alors, par esprit de contradiction, devrais-je porter Un Lys de Serge Lutens en souvenir de la royauté française ? Muscs Koublaï Khan pour m’afficher en Muscadin – porter un parfum musqué à l’époque, c’était risquer la décollation, puisque c’était l’emblème odorant des royalistes…
Et puisqu’on est dans le 18ème siècle… Pourquoi pas le 1740 d’Histoires de Parfums, inspiré par le marquis de Sade ? Ce pauvre marquis, enfermé à la Bastille par lettre de cachet à la demande de sa belle-famille qui le trouvait décidément trop remuant (il avait notamment enlevé sa belle-sœur), s’était mis à hurler qu’on égorgeait les prisonniers par le tuyau de renvoi des eaux sales… le 12 juillet 1789. On le transféra donc, pratiquement nu, vers une autre geôle. Non seulement rata-t-il sa mise en liberté le 14, mais il perdit son manuscrit des 120 Journées de Sodome, dissimulé dans sa cellule. Il pressa sa femme d’aller le récupérer. La brave marquise se met en branle le 14 juillet. Sade ne revit jamais son manuscrit, mais il prétendit par la suite, auprès des comités révolutionnaires, qu’il était à l’origine de la prise de la Bastille. On le comprend : en tant que ci-devant, il devait donner des gages…
1740 est un curieux cuir tiraillé entre le sucré – la vanille et la facette chocolatée du patchouli – et l’épicé – cumin, coriandre, cardamome et immortelle. Bien qu’il goûtât le fouet de façon active et passive, le marquis de Sade n’était pas un fétichiste du cuir (cette « passion », comme il l’aurait appelée, ne fut répertoriée que vers la fin du 19ème siècle), mais c’était très assurément un gourmand. Ses lettres à sa femme, lors de ses diverses incarcérations, comportent souvent des listes de friandises à lui procurer. Que faire d’autre qu’écrire en prison, et… réagir à son inspiration, à part manger ? L’option gourmande de 1740 n’est donc pas mal vue, et c’est un beau cuir arrondi assez digne de son inspirateur.
... a day when I usually stay inside to avoid the crowds that inevitably converge towards the Champs de Mars right next door, and the firecrackers going off everywhere in the streets… And try to convince the cat that the fireworks rattling the window panes do not spell the end of the world.
To celebrate the French national day, you could of course wear just about any quintessentially French perfume, from Chanel N°5(fronted by a Marianne, Catherine Deneuve) or Coco (another Marianne, Inès de la Fressange) to Guerlain Champs-Élysées(Sophie Marceau, who almost made it as a Marianne as well).
If you want to get historical about it, you could pick a fragrance composed in the heady wake of the Libération – though there were still keen food, housing and coal shortages, couture houses celebrated the Allied victory by a slew of new scents.
Marcel Rochas’ Femme was famously scraped together by Edmond Roudnitska using whatever was on hand during the Occupation, including, so the legend goes, vats of a synthetic that had been left lying around for years, which exhibited an attractive mulled plum note. Femme was launched through a subscription immediately after the Liberation: it marked a return to femininity that was to be expressed three years later in sartorial terms by Christian Dior’s New Look, after the tough war years.
Translated in less poetic terms, this would mean that women were sent back to the salons, boudoirs and kitchens after having taken on many responsibilities, and enjoyed a measure of sexual independence while their men were away, during the topsy-turvy years of the German Occupation. Nothing expresses this transition better than the olfactory chasm between Germaine Cellier’s hard-bitten, androgynous Bandit and her lyricalCoeur-Joiefor Nina Ricci, a delicate, powdery aldehydic bouquet of violet, rose, jasmine and iris. The original heart-shaped Lalique flacons designed by Christian Bérard fetch fortunes at auctions but you can occasionally find round eau de toilette flacons at better prices. Or get the re-edited heart-shaped bottle of the extrait at the Nina Ricci boutique.
Other Liberation-era scents: Balmain’s Vent Vert, also by Germaine Cellier in somewhat more biting form, and Carven’s Ma Griffe. Both express the youthful, springtime energy of an era in which France hoped to brush aside (and actively worked to suppress) the murkier memories of defeat and subsequent collaboration with the Germans…
1989 marked the celebration of the Bicentennial of the taking of the Bastille, with a colorful, multinational parade orchestrated by advertising maestro Jean-Paul Goude, crowned by Jessye Norman singing the Marseillaise, draped in a giant French flag-dress designed by Azzedine Alaïa, at the place de la Concorde, where the guillotine once stood. Not too many 1989 scents bring up that extraordinary celebration – the only time I actually went out to the parade. Annick Goutal’s Gardénia Passion, which is really mostly a tuberose, does have a soaring, fireworks quality to its white floral burst. Was Etro’s Palais Jamais, also released in 1989, ironically named after the fact that the national palaces would never again be the property of the monarchy? I haven’t smelled it… you tell me. Jean Desprez put out a Révolution à Versailles that year: I’ve never smelled it either and it’s now discontinued.
If you want to get contrarian about it, you could pick Serge Lutens’ Un Lys, a gorgeously heady blend of lily and vanilla with a greenish tinge, in honor of the soon-to-fall French royal family, whose emblem was the fleur-de-lis.
My personal pick may be, also for contrarian reasons, Histoire de Parfums’ 1740, inspired by the Marquis de Sade, an author dear to my heart since I spent a few years writing my thesis on his work. The troublemaking D.A.F. de Sade had been imprisoned in the Bastille at the behest of his in-laws, who obtained a lettre de cachet from the king, which meant he was to remain there until his family saw fit to release him. On July 12th, Sade claims he started howling that the prisoners’ throats were being cut (there were eight inmates at the time, counting him). He was promptly transferred out of the Bastille, practically naked, and so lost his most precious manuscript, the 120 days of Sodom, despite his entreaties to his wife to go and fetch it. Which of course, the poor woman couldn’t, as she tarried a bit too long…
Histoires de Parfums 1740 is an odd leather and spice blend tugged between the sweet – vanilla and the chocolate facet of patchouli – and the savory – cumin, coriander, cardamom and immortelle. Though he enjoyed a bit of a whipping, both on the active and receiving end, the actual marquis de Sade was no leather fiend (leather fetishism, while certainly older, was only identified in the late 19th century) but he was definitely a foodie, and his letters to his wife are full of lists of foodstuffs he wants her to supply him with.
On the other hand, I might just as well wear L’Heure Bleue on the wrists, Dior’s Cologne Blanche in my hair (the almond and heliotropin will marry just fine) and red on my lips.
Nah... In the end, I think I'll fall back on Jicky, launched in 1889 for the Centennial... The cat'll think it's in her honor, since it's her name!
And what about you?Any suggestions for Bastille Day?
Image: Marianne seen by Jean Cocteau for the French postal service.
Parfums Panouge had just bought the license for Jacques Fath fragrances, and they were considering re-releasing Iris Gris. This was fabulous news, since it’s one of the very best fragrances in history.
I immediately told Luca Turin, who answered it should be feasible with the new cheaper orris butters (I suppose he was thinking of the Biolande product, which takes a lot less time to make than the traditional stuff). I also told Jacques Polge, who was more skeptical.
I never met with the Panouge people: I had to cancel our appointment because of a last minute business trip and they never called back.
And as it turns out, Polge was right. The Scented Salamander has recently published a lengthy post about the “new” Iris Gris, which pretty much boils down to this: there isn’t going to be a new Iris Gris.
First of all, because the “modernized” formula is nowhere near the true one. No peach. And peach is what made the difference. Bergamot, wisteria, pink pepper, sure, but not a smidge, at least in the notes, of good old aldehyde C-14, aka undecalactone, aka peach lactone, aka Persicol. You know, the one in Mitsouko? Why anyone at Panouge thought that skipping on it would make the scent more modern escapes me. Iris Gris couldn’t be more modern. In fact, if it turned up in the Hermessence line, everybody would be shouting “genius”.
And as a matter of fact… Fabrice Biré of Parfums Panouge also told The Scented Salamander that, lo and behold, the name Iris Gris had been registered by Hermès. Not a short while ago, though, as he states, but decades ago according to Octavian of 1000fragrances. Odd no one checked on that at Panouge before deciding to go ahead and buy the Fath licence. Merde happens, I guess.
So that Panouge had neither the name nor the formula (since they needed to find people who owned the original to figure it out) of the crown jewel of the brand they bought.
The alleged reason for not reissuing Vincent Roubert's Iris Gris in its original, or as close to its original version as they could make it, is the price. Though I’m sure enough people would have been ready to pay through the nose for it, given its legendary reputation and the sheer beauty of it – it pretty much drives most of the stuff that’s sold at premium prices into the ground.
I can’t see Jean-Claude Ellena doing a copy of Iris Gris. So we’re pretty much screwed on this one. The closest thing, again according to Octavian, would be to smear yourself with peach-scented lotion and spray on some Iris Silver Mist. Or, as Tania Sanchez suggested somewhere, to drip some Persicol into Iris Silver Mist until you get the dead ringer.
This is no reflection on the new Irissime composed by Marie Salamagne, which will be released by the revived Jacques Fath: for all I know, it’s superb.
It’s just not Iris Gris. And Iris Gris seemed feasible.Not?
Les Parfums Panouge venaient de racheter la licence des parfums Jacques Fath et ils envisageaient de ressortir Iris Gris. On n’aurait pas pu m’annoncer meilleure nouvelle, puisqu’il s’agit d’un des plus beaux parfums de l’histoire.
J’en ai tout de suite informé Luca Turin, qui m’a répondu que c’était jouable, puisqu’on trouvait désormais du beurre d’iris meilleur marché (je suppose qu’il parlait de celui de Biolande, qui met beaucoup moins de temps à « mûrir » que le beurre d’iris traditionnel). J’en ai aussi parlé à Jacques Polge, qui était plus sceptique.
En fin de compte, je n’ai jamais été chez Panouge avec mon flacon : j’ai dû annuler notre rendez-vous à cause d’un déplacement professionnel impromptu, et ils ne m’ont jamais rappelée.
Et Jacques Polge avait raison. Le blog The Scented Salamander vient de publier un très long post sur le « nouvel » Iris Gris, qu’on peut résumer ainsi : il n’y aura pas de nouvel Iris Gris.
Tout d’abord, parce que la formule « modernisée » ne correspond en rien à l’original. Pas de pêche. Alors que la pêche est justement ce qui caractérise le parfum. De la bergamote, de la glycine, du poivre rose, tant qu’on veut, mais pas une lichette – du moins dans les notes publiées – d’aldéhyde C-14, alias undécalactone, alias lactone pêche, alias Persicol. Celui qu’on trouve dans Mitsouko. Pourquoi s’est-on imaginé chez Panouge qu’en éliminant la pêche on moderniserait l'Iris Gris de Vincent Roubert? La logique de ce raisonnement m’échappe. Rien n’est plus moderne qu’Iris Gris. D’ailleurs, s’il sortait dans la collection Hermessence, on crierait au génie.
Justement, à propos… D’après l’entretien donné par Fabrice Biré des Parfums Panouge à The Scented Salamander, le nom d’Iris Gris a été déposé par Hermès. Non pas il y a peu de temps, comme il le déclare, mais il y a plusieurs décennies, selon Octavian Coifan de 1000fragrances. C’est curieux, que personne, chez Panouge, n’ait songé à s’en assurer avant d’acheter la licence Jacques Fath. L'histoire serait d'ailleurs assez intéressante à débrouiller...
De sorte que Panouge n’avait ni le nom, ni la formule (puisqu’ils recherchaient des détenteurs de l’original) du joyau de la couronne de la marque qu’ils avaient racheté.
La raison donnée pour ne pas relancer Iris Gris dans sa formule originale, ou du moins dans une formule aussi proche que possible de l’original, est son prix. Je suis certaine, pourtant, qu’il se trouverait assez d’amateurs pour payer un flacon une petite fortune, non seulement à cause de sa réputation légendaire, mais aussi parce que c’est un parfum d’une beauté insensée – à côté de ça, la plupart des créations vendues à prix d’or pâlissent.
Je ne vois pas Jean-Claude Ellena se contenter de copier Iris Gris. Autrement dit, sur ce coup-là, on est baisés. Il n’y a plus qu’à s’enduire d’une lotion parfumée à la pêche et à se vaporiser d’Iris Silver Mist, comme me le conseille Octavian. Ou alors, à se procurer du Persicol et à le mélanger goutte à goutte à Iris Silver Mist, comme le suggère Tania Sanchez, jusqu’à obtenir un duplicata.
Cela ne préjuge pas de la beauté du nouvel Irissime composé par Marie Salamagne, qui sera lancé sous peu par les nouveaux propriétaires de Jacques Fath. Si ça se trouve, il est magnifique.
Mais ce ne sera pas Iris Gris. Et Iris Gris semblait faisable. Non ? Non, apparemment pas.
Il y a deux écoles de pensée sur le parfum par temps chaud : soit on s’asperge de trucs frais, soit on combat le feu avec le feu en sortant la grosse artillerie.
J’appartiens sans aucun doute à la deuxième école. Les parfums s’épanouissent sur peau moite : quand ils s’élèvent dans l’air chaud, ils déploient plus de facettes qu’à n’importe quel autre moment de l’année…J’ai porté à peu près tout en juillet, à part des gourmands dégoulinants de caramel, qui ne font de toute façon jamais partie de mon arsenal. J’ai même craqué pour Poison, c’est dire… Difficile, donc, de restreindre mes choix à dix. Voici tout de même ceux dont j’ai le plus souvent vaporisé mes cheveux et mon décolleté jusqu’ici.
Manoumalia par Sandrine Videault pour LesNez :Rien de plus naturel qu’un parfum tropical pour l’été et ces accords de fleur de frangipanier moite et crémeuse, de santal laiteux dont la légère note de sueur s’enchaîne magnifiquement à un vétiver sombre et terreux, vaut quasiment un voyage en Polynésie. Aussi riche et rude que la jungle.
Amoureuse de Michel Roudnitska pour les Parfums DelRae : Les ébats de la tubéreuse et du ginger lily atteignent des sommets d’indécence olfactive. Les aldéhydes mandarine éclairent le grondement grave de la base santal-miel. C’est l’amour par temps de canicule. Un peu chien.
Ensoleille-moi de Mathilde Laurent pour André Gas : J’ai découvert ce parfum en rédigeant un petit livre pour le 40ème anniversaire de cette maison de bijoux de fantaisie (à paraître cet automne aux éditions Assouline). L’histoire d’André Gas, des Beaux-arts de Paris réquisitionnés par les étudiants et les ouvriers en mai 68 aux plages glamour de Saint-Tropez en 69, où il a commencé à vendre ses grigris, est passionnante. La famille Gas a eu la chance de cueilleur Mathilde Laurent entre son départ de Guerlain et son entrée chez Cartier comme parfumeur-maison. Ils ont déjà bon goût en parfums – André porte Kiehl’s Original Musk et Marie, sa fille, adore Fracas…
Ensoleille-moi est un accord monoï à la simplicité trompeuse, harmonie de bergamote, ylang-ylang, tiaré, lactones « noix de coco » et salicylates d’amyle (molécules « solaires ») communes à l’ylang, la fleur de frangipanier, la vanille et l’orchidée). Mais ce monoï-là est le plus luxueux du marché, car il incorpore de l’absolu de fleur de tiaré à plusieurs milliers de francs le kilo… Ce qui rend le coût du concentré d’Ensoleille-moi vingt fois plus onéreux que celui de la plupart des jus vendus chez Séphorionnaud, pour la modique somme de 68 euros les 100 ml (non, je ne touche pas de pourcentage !). L’été à Saint-Tropez et le talent de Mathilde en prime.
Santal de Mysore de Serge Lutens et Christopher Sheldrake pour Serge Lutens : Par un jour d’août caniculaire, je marchais sous les arcades de la Galerie de Valois en sortant des Salons du Palais Royal lorsque j’ai capté le sillage de Santal de Mysore sur une passante. L’odeur laiteuse du santal, salie du cumin « maison » de Serge Lutens et de benjoin caramélisé, fond comme le beurre sur une peau brûlante. Quand on ne peut plus lutter contre la chaleur, mieux vaut s’y abandonner.
L’Éther d’Olivia Giacobetti pour IUNX: En théorie, les environnements olfactifs de Giacobetti me siéent si peu que j’ai choqué mon ami O. en m’en achetant un flacon—mais ce vrombissement safran-rose-myrrhe, sous-tendu d’encens et d’un santal comme dématérialisé, m’attirait chaque fois que j’entrais dans la boutique IUNX de l’hôtel Costes (son seul point de vente au monde). Une expérience abstraite, lumineuse, presque mystique.
L’Eau de Cologne de Jacques Polge et Christopher Sheldrake pour Chanel : Je ne raffole pas des hespéridés, et mes besoins estivaux de vitamines sont comblés par cette version parfaite de l’antique eau de Cologne, sorte de Cristalle stylisé, dominé par un néroli vert, sucré et indolé, ancré à la peau par un trait de musc. Peu tenace, mais c’est la loi du genre. Je m’y noierais volontiers.
Le Parfum de Thérèse par Edmond Roudnitska pour Frédéric Malle Éditions de Parfums : La composition d’Edmond Roudnitska pour sa femme Thérèse a failli sortir plus d’une fois – ce devait être le Fidji de Guy Laroche en 1966 avant que le couturier ne change d’avis à la dernière minute, puis Dior a voulu le sortir. Nous pouvons maintenant rendre grâce aux dieux de Grasse que Frédéric Malle ait persuadé Thérèse et Michel Roudnitska de lui confier la formule. Autrement, ce parfum aurait sans doute subi le sort de maints autres classiques.Sous la houlette de Frédéric Malle, il resplendit toujours, de son ouverture mandarine acidulée à son cœur opulent de jasmin. Tant qu’à donner dans le fruité floral, autant le faire à la Roudnitska. Du bonheur en flacon.
Musc Nomade d’Isabelle Doyen et Camille Goutal pour Annick Goutal : Le quatrième parfum des Orientalistes se maintient en parfait équilibre entre le musc propre et le musc sale, en grands traits transparents. La qualité cristalline de l’ambrette l’allège assez pour qu’on le porte l’été ; la muscone apporte une petite note de peau salée. Gracieux et aéré.
Beyond Love de Calice Becker pour By Kilian : J’aurais aussi bien pu choisir le Carnal Flower de Frédéric Malle ou la Tubéreuse Criminelle de Serge Lutens : tous trois font partie de ma trilogie de tubéreuses estivales. La fraîcheur verte et menthée, la noix de coco lactonique et les facette caoutchouc de la tubéreuse ont quelque chose de narcotique qui sied parfaitement aux nuits d’été. Et l’interprétation de Calice Becker est sans doute ce qui se rapproche le plus de la fleur sur tige au crépuscule.
Vol de Nuit par Jacques Guerlain pour Guerlain : Il peut sembler un peu tordu de porter un extrait chargé de vanille et de fève tonka en plein cagnard, mais lorsque le thermomètre grimpe au-dessus des 30°, Vol de Nuit se dépouille de ses atours rétro pour scintiller longuement d’éclats émeraude et jonquille, sur fond de cuir. Trop complexe à décrire. Allez sentir vous-même. Vol de Nuitn’est pas le best-seller des classiques Guerlain, et il faut lui donner tout l’amour qu’il mérite…
Pour découvrir d’autres Top Ten (en anglais), cliquez sur les liens ci-dessous :
I am giving a three-day Perfume Primer course on November 30-December 2 2009 at the London College of Fashion.
This course is open to all perfume lovers: you don't need to be a LCF student to register. There are only 16 places, so if you're interested, don't dawdle! For more info, click on this link.
Please note that inscriptions for the summer intensive are closed. For any information, you can contact me at graindemusc at gmail dot com.
Ceci est un blog bilingue -- This is a bilingual blog
Si vous tombez sur un texte en anglais, scrollez et vous en trouverez, immédiatement en dessous, la version française.
If you happen to stumble on a French language post, just scroll around and you'll find the English language version.
Qui êtes-vous ?
Denyse Beaulieu
Alias carmencanada sur les blogs de mes ami(e)s amoureux de parfums... Je sens, donc j'écris.
Contact: graindemusc arobase gmail.com
Copyright/ Tous droits réservés 2008 Denyse Beaulieu
Toute reproduction des textes de ce blog sans autorisation de son auteur est interdite. All reproduction of the written contents requires prior authorization from the author of this blog.